Ils sont quatre. Quatre hommes sur scène, jouant ensemble, vraiment ensemble, ils sont bien ; ils adorent faire de la musique ensemble, ensemble c’est tout, ça se sent, ça se répand au sein du café de la danse comme une traînée de poudre.
Le plaisir, cette sensation fugace, cette sensation en perdition ; de nos jours…
Le public suit, il est franchement enthousiaste.
Fabien Tessier, le batteur, va de sourire heureux en sourire heureux. Il ne fait pas dans la démonstration de force, son jeu est élégant, posé. Et il passe d’un instrument à l’autre avec une rare aisance. Samuel Leger, le bassiste, est tout en discrétion et efficacité. Ce sera le seul à avoir un regard tourné en permanence vers le public. Etienne Dutin, le guitariste, est plus flamboyant. Il est souvent dans un état extatique, les yeux fermés et la place est grande pour son instrument. Emmanuel Tellier chante et joue des claviers. Il a cette voix, cette voix si particulière, la voix d’un éternel jeune homme qui aurait tant aimé être californien. Il joue aussi les monsieur Loyal, entre timidité (enfin je suppose) et humour.
La force de 49 Swimming Pools en concert ce sont ses musiciens. Ils jouent vraiment bien. Après on peut discuter de leurs chansons, toujours très construites mais plus ou moins séduisantes. Il y a toujours un instant de grâce dans ces ritournelles pop : un refrain, un bouleversement dans la voix de Emmanuel Tellier, un jeu de guitare, quelques notes magiques de basse ou de batterie. Peut-être qu’ils pêchent par leurs propres qualités, à savoir que ce sont de très bons techniciens qui s’éclatent ensemble et que du coup ça manque d’aspérités, de dérapages dans leur album. Je suis très curieuse d’écouter leur troisième : ils ont joué deux morceaux lors du concert et cela sentait plus la sueur, la rage, c’était plus rock’n roll, c’était moins « joli ». Je n’en étais que plus séduite.
Le plaisir d’être ensemble était certes réjouissant à voir mais il avait des conséquences sur leur concert, inévitablement. Pris par cette joie, ils oubliaient parfois leur public. Enfin, c’est ainsi que je l’ai ressenti. On sentait que ça leur plaisait d’être sur scène, d’être avec nous mais j’ai eu le sentiment parfois qu’ils nous perdaient de vue.
Le second album de 49 Swimming Pools est une « prise de risque » : double et concept. Un album téméraire, « The Violent Life And Death Of Tim Lester Zimbo». Vincent Théval en parle merveilleusement bien : « l’autre moitié de ce double LP, Sometimes You Should Let The Great World Spin, est simplement l’un des plus beaux disques de l’année 2011, une merveille qui n’a rien à envier aux plus beaux gestes pop esquissés par la jeune génération américaine, notamment. Rythmiques souples, guitares, claviers, cordes, percussions, accordéon, tout semble trouver sa juste place autour de mélodies sublimes. » (N’hésitez pas à lire la chronique de l’album ici). J’ai une tendresse particulière pour « Automatic love », « A notebook at Random », « Giants », « Lincoln » (magnifique).
Mais l’objet de ce billet, outre de vous suggérer fortement d’aller les voir en concert, c’est que 49 Swimming Pools pose en fait une question intéressante. Il y a quelques mois, je déjeunais avec mon « frangin » Olivier Ravard. Celui-ci me sortit un article d’un magazine féminin qui traitait des premiers romans de femmes écrivains. Ce qui intéressait Olivier, c’est que sous chaque photo, leur profession était indiquée ; leur profession de la vraie vie. Comme si cela allait de soi. Olivier développa sa pensée : « En fait, il est communément admis que pour toute activité artistique, un métier alimentaire est nécessaire. Du moins, cela n’étonne personne. Tout le monde sait qu’il y a une dizaine d’écrivains seulement qui vivent de leurs bouquins en France. Les autres complètent comme ils peuvent : prof, conférenciers, journalistes, directeur informatique etc. Le principe est sensiblement le même en photographie artistique. Mais pas la musique. Curieusement, il semble inadmissible qu’un musicien ne puisse pas vivre de sa musique et si ce n’est pas le cas, cela doit être son but constant. Si l’on parle de musiciens dans un article, nul ne songera à oser écrire le métier alimentaire éventuel. Pourquoi ? »
D’après ce que j’ai pu lire, 49 Swimming Pools ne se positionne pas de cette façon. Je cite les propos d’Emmanuel Tellier dans une interview pour Pop News :
«Je ne devrais pas dire ça, car ce n’est pas très « commercial friendly », mais c’est un gage du fait qu’on l’a fait pour nous, ce disque. Je suis content d’avoir de bonnes chroniques, et je serais content d’en vendre quelques milliers, mais en fait, on ne s’est absolument pas posé la question. (…) Moi, je ne suis tellement pas dans un esprit de compétition, ou dans l’idée de vouloir marquer l’époque. On est dans le plaisir de jouer ensemble, on se connait depuis 25 ans, on a notre studio, on est autosuffisant, on ne se pose pas la question. Comme un peintre qui ferait une peinture pour lui, et si la fenêtre est ouverte et que les passants trouvent la peinture sympa, tant mieux. »
Certes, les musiciens de 49 Swimming Pools sont dans le métier de manière plus ou moins directe depuis 25 ans (Peut-être que ce n’est pas le cas de Samuel Leger, plus jeune il me semble) : « Les trois membres d’origine, Fabien Tessier, Étienne Dutin et Emmanuel Tellier, se sont rencontrés sur les bancs du lycée Descartes, à Tours. Ensuite, chacun a fait sa route. Fabien (batteur/accordéoniste du groupe actuel) est devenu intermittent du spectacle, travaillant comme ingénieur du son, arrangeur, enseignant en musique, créant successivement une école, puis un label et un studio à Tours. Étienne (guitariste du groupe) s’est lancé dans la peinture. Emmanuel (chanteur, pianiste) est devenu l’un des principaux journalistes de Télérama. » (Source ici)
Il est plus que probable que c’est beaucoup plus compliqué pour des jeunes qui débarquent. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas encore dit. Mais l’enjeu est le même, quand on se lance dans la musique, très peu remettent en question le système : l’on doit vivre de ses oeuvres, la musique doit rapporter suffisamment d’argent pour assurer une subsistance à plus ou moins long terme.
49 Swimming Pools ne se pose pas cette question. Ces hommes ont eu une vie. La musique est leur plus belle parenthèse. Certes, leur métier respectif est toujours dans l’artistique (ha le statut d’intermittent, propre à la France, si cher à mon cœur, qui permet ce genre d’aventures) mais les ritournelles restent à leur plus jolie place, celle du cœur, du plaisir.
Je me demande juste s’ils n’ont pas tout compris à ce que doit être la musique dans la vie de chacun, une passion qui doit rester libre, non soumise à des contraintes commerciales, sans d’autres enjeux que le plaisir. Du moins, je me pose la question. A l’heure où elle se multiplie, croule sous l’offre et nettement moins sur la demande (en espèce sonnantes et trébuchantes) 49 Swimming Pools a choisi de prendre des chemins de traverse ; des chemins de traverse pour le simple plaisir de la ballade et s’ils rencontrent quelques humains, des dizaines, des centaines – et je leur en souhaite des milliers – sur la route, ils auront réussi à voler un bout de paradis à nos cieux obscurcis…
(la pochette est belle, hein…)
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